Biodiversité en eau trouble



La biodiversité marine côtière est sous pression. Des écosystèmes fragiles souffrent de la surexploitation, de la pollution et… des changements climatiques.

Selon Mathieu Cusson, chercheur au Laboratoire des sciences aquatiques de l'Université du Québec à Chicoutimi, le réchauffement des températures affectera la dynamique du couvert de glace. Plus mince à bien des endroits, il risque de moins isoler les espèces aquatiques du froid. De plus, les morceaux de glace en dérive raclent les macroalgues, ces grandes algues qui fournissent nourriture et structure à l'écosystème, réduisent l'action des vagues, atténuent l'effet étouffant du soleil à marée basse, et captent le carbone atmosphérique. Que se passera-t-il si leur abondance diminue?

Le réchauffement des températures affectera la dynamique du couvert de glace.

Le biologiste a effectué un peu de jardinage sur les côtes de l'estuaire maritime du Saint-Laurent, près de Rimouski, pour simuler un raclage sévère de ces algues importantes. Mais une perturbation arrive rarement seule, s'est-il dit. Dans une partie de son laboratoire naturel, le chercheur a ainsi retiré plusieurs espèces de mollusques friands de macroalgues. Et question de pousser le réalisme plus loin, il a ajouté des nutriments pour imiter une détérioration de l'eau liée à la pollution.

Résultat : deux ans après le « jardinage », les milieux ont bien récupéré, mais la biodiversité tarde à retrouver son état d'origine. Selon Mathieu Cusson, c'est l'effet additif des perturbations qui retarde la capacité de retour à la normale. Ce phénomène rarement observé deviendra un outil important pour mieux comprendre et gérer les bouleversements environnementaux.