Des mines et des communautés: mieux comprendre les impacts du développement minier sur les communautés autochtones et non-autochtones du Nord


 

Ce projet avait comme objectif principal de combler certaines des lacunes concernant les impacts du développement minier dans les communautés nordiques. Les objectifs spécifiques étaient de :

1)       Comprendre comment le développement minier peut affecter la cohésion sociale et le bien-être des communautés minières du Nord québécois;

2)       Analyser l'évolution de l'emploi local dans les mines du Nord québécois; et

3)       Comprendre certains des impacts du développement minier sur l'écologie du caribou migrateur et celle des petits fruits et sur l'économie de subsistance de communautés autochtones québécoises.

Des analyses de données qualitatives et quantitatives ont permis d'obtenir une meilleure compréhension de l'impact du développement minier sur la cohésion sociale et le bien-être de communautés minières du Nord québécois, sur l'évolution de l'emploi dans les mines, sur l'écologie du caribou migrateur et sur l'économie de subsistance de communautés autochtones québécoises.

En réponse au premier objectif, les chercheurs ont constaté, suite à des entretiens individuels et des groupes de discussion dans une communauté crie et un village Inuit, que les projets miniers avaient divisé la communauté entre ceux qui soulignaient les retombées positives possibles en termes d'emploi et ceux qui mentionnaient les impacts sociaux et le manque de compensations adéquates. Les principales préoccupations soulevées dans la communauté concernaient la qualité de l'eau et la santé des écosystèmes. Au-delà de ces discussions, les chercheurs ont constaté le rôle des impacts sociocumulatifs (sédentarisation, abatage des chiens, pensionnats, développements hydro-électriques) dans l'acceptabilité sociale et la capacité des communautés à offrir un consentement libre, préalable et éclairé. Ces facteurs peuvent également nuire aux délibérations au sein des communautés (capacité d'exprimer ses préoccupations, cohésion sociale) et finalement mener à une perte de confiance envers les institutions et nuire au dialogue.

Pour ce qui est du deuxième objectif concernant l'évolution de l'emploi local dans les mines du Nord québécois et du Labrador, l'étude montre qu'au Nunavik et au Nunatsiavut les communautés situées près des sites miniers ne bénéficient pas davantage des emplois à la mine et qu'on assiste à une forte augmentation de la proportion des employés inuits vivant dans les grands centres, un impact direct du système de navettage (fly-in/fly-out) mis en place depuis quelques années et qui facilite la délocalisation des travailleurs.  Aussi,  l'équipe a trouvé que l'intégration des employés et le sentiment d'appartenir à une communauté sont des facteurs qui contribuent à augmenter la rétention de la main d'œuvre. Ces facteurs seraient particulièrement importants pour les travailleurs inuit(e)s dont l'intégration serait plus difficile, car ces derniers sont notamment plus soumis aux stéréotypes négatifs que la plupart des autres travailleurs.

Finalement, pour le troisième objectif, notre recherche met à jour certains des impacts du développement minier sur l'écologie du caribou migrateur et sur l'économie de subsistance de communautés autochtones québécoises. Par exemple, les chercheurs ont  constaté que les infrastructures minières ont un impact sur les caribous migrateurs. Ainsi, les chercheurs ont mesuré les zones d'influence des perturbations pour certaines infrastructures, c'est-à-dire les zones où moins de caribous qu'attendu ont été observés en se basant sur la qualité de l'habitat. Ces zones d'influence vont de deux à quatre kilomètres pour une communauté, mais peuvent s'étendre jusqu'à 21 km pour un site d'exploration minière et jusqu'à 23 km pour une mine en opération. De même, ces infrastructures contribuent à une perte cumulée d'habitat allant jusqu'à 14%. Lorsqu'on considère la présence de chasseurs sportive sur le territoire, qui accentue l'évitement des perturbations par les caribous, la perte cumulée d'habitat peut atteindre 35%. En ce qui a trait à l'économie de subsistance, les chercheurs ont pu constater que les activités minières pouvaient affecter la disponibilité des ressources fauniques, tout en offrant un soutien financier pour ces activités. De même, les horaires de navettage peuvent faciliter la pratique d'activités traditionnelles,  mais peuvent affecter les réseaux sociaux qui sous-tendent la pratique de ces activités.

Les résultats du projet sont notamment disponibles sous forme d'une carte narrative[1] qui présente les interactions entre le développement minier, les troupeaux de caribous migrateurs et l'utilisation du territoire par les communautés autochtones du Québec nordique.

Ces résultats permettront, d'une part, aux partenaires d'adapter leurs pratiques pour mitiger les impacts sociaux et écologiques du développement minier et de s'assurer que celui-ci ait des retombées économiques et sociales plus positives pour les communautés du Nord. Plusieurs communautés partenaires du projet ont déjà en main des résultats. De plus, les résultats du projet concernant le sous-objectif trois seront transmis à trois ministères fédéraux et ils seront également utiles pour la Société Makivik, l'Administration régionale Kativik, le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles et les compagnies minières pour adopter des mesures qui atténueront les impacts environnementaux et sociaux du développement minier.

 

Chercheur responsable

Thierry Rodon, Université Laval

Équipe de recherche

  • Thierry Rodon, Université Laval
  • Steeve Côté, Université Laval
  • Mylène Riva, Université Laval
  • Esther Lévesque, Université du Québec à Trois-Rivières

Durée

3 ans

Montant

300 000 $

Partenaire financier

  • Ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles

Appel de propositions

Développement durable du secteur minier