Régie novatrice des troupeaux laitiers québécois : repenser le tarissement


Le haut taux de réforme involontaire des vaches laitières est l'un des principaux freins à la rentabilité des fermes laitières québécoises. Le tarissement est une période déterminante pour la vache laitière. Après l'arrêt de la traite, la glande mammaire continue à synthétiser du lait ce qui provoque un engorgement et souvent des fuites de lait facilitant l'entrée de microorganismes. Il a été établi que le risque d'une infection intramammaire au vêlage augmente de 77 % pour chaque 5 kg de lait produit au-dessus de 12,5 kg au moment de l'arrêt de la traite. Comme de nos jours il n'est pas rare de tarir des vaches produisant plus de 30 kg, on comprend qu'il serait très utile de développer une approche non stressante pour l'animal réduisant la synthèse du lait avant le tarissement. Par ailleurs, la période de transition est une période critique pour la vache laitière où les problèmes de santé sont fréquents.

Cette recherche veut s'attaquer à ce problème en facilitant l'adoption d'une période de tarissement courte, une approche pouvant diminuer l'incidence de problèmes de santé lors de la période de transition suivante. Cependant, cette approche nécessite de trouver des méthodes capables d'accélérer l'involution de la glande mammaire au cours du tarissement afin de permettre une préparation optimale de la glande pour la lactation suivante. Deux types d'approches ont été explorés afin d'accélérer l'involution. Une première approche est de diminuer la production laitière au moment de l'arrêt de la traite par une diminution de la force du signal lactogénique. Une autre approche consiste à accélérer la mise en place des mécanismes permettant la régression de la glande mammaire.

Objectifs spécifiques

  1. Évaluer l'impact de stratégies diminuant la force du signal lactogénique sur le déroulement de l'involution.
  2. Mesurer l'effet de l'administration intramammaire d'agents chemoattractants sur le déroulement de l'involution

Méthodologie

Dans une première expérience, nous avons testé le concept qu'une inhibition du signal lactogénique provoque une réduction de la production laitière et accélère l'involution. Pour ce faire, 16 vaches en fin de lactation ont reçu des injections quotidiennes d'eau (témoins) ou d'une substance pouvant inhiber le signal lactogénique (quinagolide) de 4 jours avant le tarissement à 3 jours après celui-ci. Des échantillons de lait ont été prélevés aux traites des 5 derniers jours précédant le tarissement. Après celui-ci, des échantillons de sécrétions mammaires ont été récoltés manuellement 1, 3, 5, 7, 10 et 14 jours après la dernière traite. Ces échantillons ont servi à l'évaluation des concentrations de certains indicateurs de l'involution.

Dans une deuxième expérience, nous avons comparé les effets de l'inhibition du signal lactogénique et de la restriction alimentaire sur la production de lait, l'involution de la glande mammaire, et sur le métabolisme et la résistance immunitaire de l'animal. Pour se faire, 24 vaches en fin de lactation ont été réparties en 3 groupes : un premier groupe a reçu une alimentation de fin de lactation jusqu'au tarissement (groupe témoin), un deuxième groupe a reçu uniquement du foin sec durant les 5 jours précédant leur tarissement, et un dernier groupe a été alimenté comme le premier, mais a reçu des injections quotidiennes de quinagolide, de 5 jours avant à 13 jours après la dernière traite. Des échantillons de lait et de sécrétions mammaires ont été récoltés afin de mesurer l'involution. De plus, des échantillons de sangs ont été prélevés afin de mesurer les concentrations de certains métabolites sanguins et de réaliser des tests immunologiques.

Une troisième étude a évalué les effets de 3 traitements appliqués au tarissement sur l'évolution de certains marqueurs de l'involution de la glande mammaire. Des infusions de solutions iso-osmotiques d'hydrolysats de caséines, d'EGTA, de lactose ou de saline (témoin) ont été aléatoirement administrées aux 4 quartiers de 8 vaches Holstein le jour du tarissement. Des échantillons de lait ont été collectés les 2 derniers jours avant la dernière traite et 1, 3, 5, 7, 10 et 14 jours après. Dans une quatrième expérience, le signal lactogénique a été inhibé par manipulation de la photopériode (durée du jour et de la nuit). Pour ce faire, 24 vaches ont reçu l'un des traitements suivants : 1) une photopériode de jours longs, 2) une photopériode de jours très courts (6L:3D:1L:14D) et 3) une photopériode de jours longs + de la mélatonine administrée par voie orale.

Résultats et applications

Notre première expérience a permis de valider le concept que l'inhibition du signal lactogénique permet de réduire la production de lait au tarissement et d'accélérer l'involution de la glande mammaire après celui-ci. La deuxième expérience a montré que l'inhibition du signal lactogénique et la restriction alimentaire ont des effets comparable sur la production laitière au tarissement et l'involution mammaire. Cependant, la restriction alimentaire a causé un stress métabolique important et une inhibition de certaines fonctions immunitaires. La troisième expérience a montré que l'infusion intramammaire d'hydrolysats de caséines le jour du tarissement accélère l'involution de la glande mammaire. La quatrième expérience est actuellement en cours.

Chercheur responsable

Xin Zhao, Université McGill

Équipe de recherche

  • Vilceu Bordignon, U. McGill
  • Pierre Lacasse, Centre de recherche et de développement sur le bovin laitier et le porc
  • Vanessa Lollivier, Institut national de la recherche agronomique

Année du concours

2010

Durée

3 ans

Montant

107 325 $

Partenaires financiers

  • Agriculture et Agroalimentaire Canada
  • Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec
  • Novalait inc.

Appel de propositions

Innovation en production et en transformation laitières – V