Relancer la filière feuillue par la production et la transformation optimisée de petites tiges de qualité


Comme elles sont situées près des grands axes de population et qu'elles alimentent un secteur industriel axé sur la valeur ajoutée, les forêts feuillues québécoises ont une grande importance socio-économique. Toutefois, il y sévit une problématique entourant la valorisation de la ressource sans altérer la capacité productive de la forêt par des pratiques sylvicoles mal adaptées. En effet, ce massif forestier a subi des épisodes d'écrémage dans les décennies récentes, ce qui a conduit à une diminution du potentiel de production actuel. Les tiges résiduelles sont généralement de qualité inférieure et la composition tend à se modifier au profit d'essences qui ne sont pas forcément désirées par l'industrie. Les défis entourant l'aménagement des forêts feuillues sont nombreux et ils requièrent l'expertise de plusieurs acteurs gouvernementaux, scientifiques et industriels. Le présent projet de recherche visait à évaluer la pertinence scientifique de pistes de solutions qui permettraient de relancer la filière feuillue, notamment par la production et la transformation des petites tiges de qualité. 

Pour ce faire, le projet s'est concentré sur un problème très précis relié à la présence accrue du hêtre à grandes feuilles. L'envahissement des érablières par le hêtre est considéré par plusieurs comme une menace grandissante pour la régénération des érablières de la province. Toutefois, au même moment, nous faisons face à une épidémie de la maladie corticale du hêtre qui attaque de façon importante les tiges vigoureuses de cette espèce. Afin de réagir à cette problématique, trois volets ont été développés. Le premier visait à déterminer si les techniques de façonnage optimisé permettent de tirer une valeur intéressante des petites tiges lors de la transformation primaire des arbres en planches. Le second volet s'intéressait à la valeur et à la perception du hêtre par différents acteurs de la chaîne de création de valeur afin d'évaluer si cette essence a un potentiel inaccompli de valorisation sur les marchés. Finalement, le troisième volet visait à simuler l'évolution de la forêt suite à des coupes partielles qui cibleraient en priorité les tiges de petites dimensions ayant une faible vigueur, mais ayant conservé leur qualité. 

Pour la transformation des petites tiges d'essences feuillues, les résultats démontrent qu'il est pertinent d'adopter une approche de façonnage optimisé pour la productivité en volume plutôt que d'adopter une approche traditionnelle axée sur l'extraction des plus hauts grades de qualité. Ces résultats s'appliquent tant à l'érable à sucre qu'au hêtre à grandes feuilles Bien que cette espèce soit peu désirée par l'industrie du sciage, nos résultats démontrent qu'elle est apprécié des consommateurs, et ce, au même titre que les autres essences utilisés dans l'industrie telles que le chêne rouge, l'érable à sucre et le bouleau jaune. Certes, la méconnaissance des consommateurs réduit leur intérêt pour les produits de hêtre, mais en adoptant une approche de mise en marché adaptée, il serait possible de mieux valoriser cette essence. Finalement, une approche de coupe partielle ciblant en priorité les petites tiges non vigoureuses de qualité implique de laisser sur pied de plus grosses tiges non vigoureuses de faible qualité. Toutefois, le résultat de nos simulations suggère qu'une telle approche n'altérera pas outre mesure la qualité future du peuplement par rapport aux approches normalement préconisées qui impliquent la coupe des plus grosses tiges.

L'ensemble du projet et l'activité de transfert qui en a découlé ont permis d'identifier les défis futurs. Ainsi, le problème du hêtre permet d'aborder une question plus générale, soit celle la qualité de la ressource forestière issue des forêts feuillues québécoises. Les besoins de recherche en forêt feuillue sont importants et complexes, puisque de nombreux facteurs sont à prendre en compte tels que les changements climatiques, la migration des pathogènes, l'évolution des marchés internationaux et de la demande des consommateurs. Dans ce contexte, nous prévoyons déjà la suite de ce projet qui poursuivra des objectifs plus généraux, mais toujours centrés sur l'enjeu de valorisation des produits de la forêt feuillue tout en maintenant sa capacité productive.

Chercheur responsable

Alexis Achim, Université Laval

Équipe de recherche

  • Alexis Achim, Université Laval
  • Myrian Drouin, FPInnovations
  • Nancy Gélinas, Université Laval
  • François Guillemette, Ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs
  • David Pothier, Université Laval
  • Robert Schneider, Université du Québec à Rimouski

Durée

3 ans

Montant

215 000 $

Partenaire financier

  • Ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs

Appel de propositions

Aménagement et environnement forestiers-V