La migration des oiseaux face aux changements globaux : une approche expérimentale chez la grande oie des neiges

 

Pierre Legagneux

Université Laval

 

Domaine : organismes vivants

Programme : établissement de nouveaux chercheurs universitaires

Concours 2019-2020

Par son ampleur et sa grande représentation au sein du règne animal, la migration consiste en une forme d'adaptation des animaux aux variations environnementales des plus spectaculaires. L'origine évolutive du comportement migratoire des oiseaux seraient les changements climatiques passés. Mais la capacité des différentes espèces à s'adapter, en termes de migration, à des changements environnementaux provoqués par l'homme, modifiant le climat à des vitesses inconnues dans l'histoire de la terre, reste cependant relativement méconnue. Ceci représente pourtant un enjeu majeur de conservation et de gestion de la biodiversité, qui repose sur un défi scientifique : comprendre les causes et les conséquences écosystémiques du processus migratoire. Les décalages temporels dans les dates de migration ou l'impact de changements le long des voies de migration sont autant de paramètres pouvant avoir des répercussions majeures sur la taille d'une population à travers le nombre de jeunes produits chaque année ou sur la survie des adultes. Ces perturbations environnementales représentent de multiples stresseurs pour les individus. Les effets non létaux (indirects) de ces stresseurs sur les taux vitaux d'une population peuvent être comparables aux effets létaux (mortalité). Par exemple, une perturbation subie lors d'une halte migratoire peut supprimer la décision de reproduction plus tard en Arctique. Les individus vont devoir ajuster leur physiologie et leur comportement pour répondre à ces changements.

Ce projet de recherche vise donc à mieux comprendre la capacité de réponse des oiseaux migrateurs de l'Arctique face aux changements globaux. Notre système d'étude centré sur la population d'oies des neiges transitant par le Québec permet de tester l'effet des changements climatiques et d'un stress aigu sur le comportement de migration (timing, trajectoires) et les conséquences sur la reproduction en Arctique. Ce projet à l'échelle individuelle s'inscrit dans le cadre d'un suivi à long terme de cette population. Depuis presque 30 ans, des individus sont marqués principalement en Arctique et accessoirement au printemps au Québec. Depuis plus de 20 ans, certains individus sont équipés de colliers émetteurs permettant de documenter les décisions de migration. Le premier axe visera donc à documenter de possibles décalages dans les dates de départ ou d'arrivée de migration au cours des dernières décennies et leurs conséquences sur les décisions de reproduction. Le deuxième axe testera directement l'effet d'un stress sur le comportement migratoire en injectant un précurseur de la corticostérone, hormone directement impliquée dans la physiologie du stress. Cette manipulation des niveaux de stress sera réalisée durant la période de halte migratoire au Québec et ses conséquences sur le timing, le comportement de migration et plus tard les décisions de reproduction en Arctique seront examinées. Pour mettre en place ce projet qui a pour ambition de perdurer sur le long terme, un laboratoire mobile en écophysiologie sera mis sur pied permettant de capturer, marquer et équiper plusieurs centaines d'individus chaque année au printemps le long du Saint Laurent afin de mieux comprendre l'effet des changements globaux sur la migration et la reproduction de la grande oies des neiges.