Des microbes pour nettoyer l'eau



Depuis une dizaine d'années, certains poissons du fleuve St-Laurent développent à la fois des ovaires et des testicules.

Les coupables? Les œstrogènes évacués dans les déchets industriels, sanitaires et agricoles. Ces hormones fabriquées naturellement par les femmes, se retrouvent également dans les contraceptifs chimiques, les traitements de la ménopause et le lisier de porcs. De nombreux plastiques, pesticides, herbicides et produits d'usage domestique libèrent par ailleurs des molécules qui agissent comme des œstrogènes. Tous rejoignent les usines d'épuration des eaux usées, mais une faible proportion ressort dans les cours d'eau. Le hic, c'est que même en infime quantité, les substances ostrogéniques restent très actives! Elles bouleversent le fonctionnement de nombreuses glandes, telles la thyroïde et les testicules, et peuvent affecter la qualité du sperme chez les hommes et augmenter l'incidence du cancer des testicules.

Les substances ostrogéniques bouleversent le fonctionnement de nombreuses glandes, elles peuvent aussi affecter la qualité du sperme chez les hommes et augmenter l'incidence du cancer des testicules.

La communauté scientifique sonne l'alarme; il faut empêcher ces hormones de prendre le chemin de nos rivières et de notre chaine alimentaire. Mais comment? Richard Villemur, microbiologiste au Centre INRS-Institut Armand-Frappier, propose une arme microbienne qui combine un polymère et des micro-organismes friands d'œstrogènes. Le principe : une substance appelée Hytrel, utilisée pour faire des plastiques, absorbe les molécules indésirables à la manière d'une éponge. Des bactéries naturelles dégradent ensuite les polluants… mais pas tous! Les micro-organismes sélectionnés n'arrivent pas à digérer la principale molécule de la pilule contraceptive. La chasse à de nouvelles bactéries mangeuses d'hormones est en cours dans l'espoir d'améliorer le processus de dégradation et développer éventuellement un système pilote de purification des eaux contaminées aux œstrogènes.