Le lait, source fiable de vitamine B12: peut-on aider nos vaches à faire mieux?


Depuis la mise en place de l'enrichissement obligatoire des farines et produits céréaliers en acide folique, et plus particulièrement au cours de la dernière décennie, l'intérêt pour le statut en vitamine B12 des populations humaines s'est accru. Chez l'humain, une carence en vitamine B12 affecte la division cellulaire, les fonctions immunitaires, les capacités cognitives et l'humeur (état dépressif) et peut causer des lésions neurologiques irréversibles. L'augmentation des apports en acide folique en guérissant l'anémie retarde très fréquemment le diagnostic de la carence en vitamine B12 en masquant les symptômes jusqu'à l'apparition de dommages neurologiques irréversibles. Contrairement aux autres vitamines B, la vitamine B12 n'est pas synthétisée par les levures ou les plantes, elle est produite uniquement par des bactéries. Chez l'humain, les produits animaux constituent la seule source naturelle de cette vitamine; les animaux ayant obtenu la vitamine via leur microflore gastro-intestinale ou dans leur alimentation.

Les produits des ruminants (lait, viande) sont particulièrement riches en cette vitamine puisque la vitamine est produite par des bactéries présentes dans leur rumen. Par conséquent, le statut en vitamine B12 des végétaliens est généralement plus faible que celui des végétariens qui incluent produits laitiers et oeufs dans leur alimentation et que celui des omnivores. Cependant la source de cette vitamine dans l'alimentation influence aussi le statut en vitamine B12. Par exemple, une étude norvégienne a observé que la concentration plasmatique de vitamine B12 augmente avec les quantités ingérées de vitamine fournie par les produits laitiers ou les poissons mais pas par les oeufs ou la viande.

De plus, pour un même niveau d'ingestion, la concentration plasmatique de vitamine B12 est plus élevée lorsque la vitamine provient des produits laitiers, particulièrement du lait, que des autres sources, même le poisson. Les enquêtes nutritionnelles semblent donc indiquer que la vitamine B12 présente dans les produits laitiers serait plus disponible que celle provenant d'autres sources.

Objectifs

Identifier les facteurs alimentaires dans les rations pour vaches laitières affectant la synthèse de vitamine B12 par la microflore du rumen et le transfert de cette vitamine dans le lait en conditions commerciales;

Évaluer le coût des stratégies nutritionnelles permettant de maximiser la concentration de vitamine B12 dans le lait.

Résultats

Un total de 4440 vaches localisées dans 100 troupeaux laitiers québécois a participé à l'étude.

Selon les tables nutritionnelles, pour un adulte moyen de plus de 13 ans, 2,4 µg de vitamine B12 sont requis quotidiennement. Un verre de 250 ml de lait des troupeaux à l'étude apporte entre 27,4 et 63,1 % de l'apport quotidien recommandé. Selon la composition standard d'un lait pasteurisé, un verre de lait de 250 ml devrait apporter 46 % de l'apport quotidien recommandé; le lait d'un peu plus de 50 % des fermes à l'étude ne remplit pas cette condition.

Au niveau individuel, la concentration en vitamine B12 du lait des vaches varie selon la parité de la vache et le stade de lactation. Certaines caractéristiques de la ration telles que la concentration en magnésium et la quantité de protéine disponible pour la vache, l'ingestion d'aliments et le nombre de repas de fourrage servi quotidiennement ont des impacts sur la concentration en vitamine B12 du lait des vaches.

Les troupeaux ayant une concentration en vitamine B12 du lait élevée tout en maintenant un revenu élevé donnent une ration aux vaches en lactation contenant plus d'énergie nette de lactation, de glucides non fibreux et moins de fibres.

Retombées actuelles et prévues

Cette étude a permis de démontrer que le lait de la moitié des fermes à l'étude n'a pas une concentration en vitamine B12 aussi élevée que ce que l'indique les références sur la composition standard d'un lait pasteurisé. Ce projet a également identifié les stratégies nutritionnelles permettant d'optimiser la valeur nutritionnelle du lait, en ce qui a trait à la vitamine B12 et ainsi assurer un apport constant aux consommateurs.

Prenant en compte les bénéfices santé d'un apport suffisant et constant en vitamine B12 et le fait que la vitamine B12 du lait semble avoir une meilleure biodisponibilité pour le consommateur, le développement de stratégies nutritionnelles économiquement viables pour les vaches laitières visant à maximiser la concentration de vitamine B12 dans le lait aidera à renforcer la perception positive des consommateurs et à attirer l'attention d'une population vieillissante croissante préoccupée du maintien de sa santé.

Chercheur responsable

Doris Pellerin, Université Laval

Équipe de recherche

  • Mélissa Duplessis, Centre de recherche et de développement sur le bovin laitier et le porc
  • Christiane Girard, Agriculture et Agroalimentaire Canada
  • Rachel Gervais, Université Laval
  • Débora Santschi, Valacta

Durée

2014-2016

Montant

175 000 $

Partenaires financiers

  • Fondation des maladies du coeur et de l'AVC du Québec et Visez santé
  • Fonds de recherche du Québec – Santé
  • Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation
  • Ministère de la Santé et des Services sociaux

Appel de propositions

Préservation et amélioration de la valeur nutritive des aliments