Comparaison des îlots résiduels après feu et les bouquets de rétention dans la pessière de l'ouest du Québec: enjeux structurels et fauniques


Les grands feux de forêt constituent les perturbations dominantes dans la forêt boréale. Reconnaissant l'importance des structures résiduelles après feu, le Ministère des Ressources Naturelles et de la Faune (MRNF) exige depuis quelques années un maintien de couvert résiduel dans une proportion des coupes avec protection de la régénération et des sols (CPRS), ainsi que le maintien d'une proportion de vieilles forêts dans le paysage. De plus, un des objectifs de la stratégie d'aménagement durable des forêts quant aux modalités de rétention de la forêt résiduelle est de « procurer des refuges et des foyers de recolonisation pour la flore et la faune ». Par contre, pour certains groupes d'organismes, l'efficacité de ces structures résiduelles à rencontrer ces objectifs reste encore à démontrer.

Dans ce contexte ce projet de recherche consiste en l'étude de la dynamique et de la structure des îlots résiduels après feu et après coupe. Il vise principalement à déterminer jusqu'à quel point les structures résiduelles issues de l'application des normes d'interventions récentes du MRNF (bouquets de rétention, îlots de vieillissement et refuges biologiques) sont similaires aux structures résiduelles laissées après feu. Il vise aussi l'étude du rôle des îlots résiduels pour le maintien de mammifères à faible capacité de dispersion associés aux vieilles forêts, en déterminant si la superficie des îlots et la proximité des forêts matures affectent leur probabilité d'occupation, de colonisation et d'extinction. De plus, nous tenterons de déterminer si ces structures résiduelles peuvent jouer un rôle de support vis-à-vis du maintien des espèces associées aux vieilles forêts.

Le projet est réalisé sous la supervision de Louis Imbeau, professeur en aménagement de la faune à l'UQAT. Les autres membres de l'équipe sont Nicole Fenton, Marc Mazerolle et Yves Bergeron (UQAT), Alain Leduc et Pierre Drapeau (UQAM), ainsi que Sylvie Gauthier (Service Canadien des Forêts). Deux étudiantes au doctorat ont été associées à la réalisation des principales étapes du projet (Louiza Moussaoui et Émilie Chavel, UQAT)

Deux principaux résultats découlent de nos analyses encore préliminaires dans les îlots post-feu: (1) la surface terrière dans les îlots résiduels est positivement corrélée avec le temps depuis le dernier feu; (2) la densité de chicots augmente avec l'âge de l'îlot résiduel qui est estimé par l'âge du plus vieil arbre. Nos résultats préliminaires comparant les îlots post-feu vs post-coupe ainsi que les peuplements témoins démontrent que dans les deux types d'îlots, un plus fort taux de recrutement de tiges mortes survient dans les jeunes peuplements et que par la suite, cette proportion de tiges mortes diminue en raison de l'ouverture graduelle des peuplements. Plus spécifiquement, le volume de bois mort est généralement fortement associé au volume du peuplement initial, indépendamment du type d'habitat résiduel. Nos résultats indiquent que: i) indépendamment du type de perturbation et du temps depuis la dernière perturbation, la mortalité est faible lorsque le volume initial est inférieur à 100m3/ha; ii) un volume de bois mort plus élevé se trouve chez les perturbations récentes par rapport aux perturbations anciennes en raison de l'épuisement progressif du volume initial; et iii) de façon générale, les volumes de bois mort élevés sont associés à de plus grands chicots. Les résultats préliminaires de la comparaison des îlots post-feu vs post-coupe semblent indiquer que l'origine des peuplements influence peu la probabilité d'occupation des sites par les petits mammifères. Nous analysons actuellement l'effet de la taille des îlots sur les probabilités d'occupation par différentes espèces. Dans le cas du campagnol à dos roux de Gapper, une taille minimale de l'ordre d'un demi-hectare serait adéquate pour maximiser la probabilité d'occupation des bouquets post-coupe. Des analyses complémentaires démontrent également que les inventaires passifs (points d'écoute) sont aussi efficaces que les techniques de capture-marquage-recapture pour détecter la présence de l'écureuil roux dans les différents types d'îlots. De plus, les petits mammifères se sont révélés être d'importants disperseurs de propagules de bryophytes dans les îlots post-perturbations.

Nous anticipons que la finalisation des analyses et le dépôt des deux thèses de doctorat auront plusieurs retombées importantes pour favoriser l'implantation de l'aménagement écosystémique, et donc pour le MRNF ainsi que l'industrie forestière : 1) une évaluation de l'efficacité des CPRS à rétention de bouquets pour le maintien des espèces avec une faible capacité de dispersion et donc de leur potentiel comme refuges biologiques; 2) la caractérisation des îlots résiduels après feu pourrait servir de balise pour la création de bouquets au sein des aires de récolte dans le futur (nombre, superficie et disposition de ceux-ci).

Chercheur responsable

Louis Imbeau, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

Équipe de recherche

  • Yves Bergeron, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
  • Pierre Drapeau, Université du Québec à Montréal
  • Sylvie Gauthier, Service canadien des forêts, Québec
  • Alain Leduc, Université du Québec à Montréal
  • Marc J. Mazerolle, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

Durée

3 ans

Montant

217 215 $

Partenaire financier

  • Ministère des Ressources naturelles et de la Faune

Appel de propositions

Aménagement et environnement forestiers – IV