Des bactéries à la rescousse des porcelets



Le microbiote humain a fait l'objet de beaucoup d'attention de la part de la communauté scientifique. En effet, grâce à la transplantation de bonnes bactéries, des patients ont pu guérir de certaines infections chroniques. Une telle méthode pourrait-elle aussi s'appliquer aux animaux ? Une équipe de recherche menée par Alexandre Thibodeau et Josée Harel, de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, et Martin Lessard, Mylène Blais et Luca Lo Verso, d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, s'est penchée sur le cas des porcelets. Elle a montré qu'il est possible de transférer le microbiote intestinal d'un porcelet sain à un autre.

L'équipe de recherche a réussi de transférer le microbiote de porcelets sevrés à des porcelets en présevrage.

Chez le porc, l'étape du sevrage est cruciale. Or, nombreux sont ceux qui, à ce stade, développent des maladies intestinales qui ralentissent leur croissance et nuisent à leur bien-être. Les producteurs de porcs se tournent généralement vers les antibiotiques pour que leur troupeau recouvre la santé. Pourquoi ne pas plutôt modifier le microbiote des porcelets, afin qu'ils possèdent des bactéries leur permettant de bloquer les pathogènes ? Grâce à la transplantation fécale, l'équipe de recherche a réussi cette démonstration. Elle a transféré le microbiote de porcelets sevrés à des porcelets en présevrage. Ces nouvelles bactéries se sont installées avec succès dans les intestins des animaux.

Dans un contexte de résistance aux antibiotiques, privilégier une modification du microbiote se révèle donc une solution de prévention intéressante pour les éleveurs de porcs. En plus d'améliorer la santé intestinale des animaux, cela pourrait avoir un effet bénéfique sur leur système immunitaire. Ces percées sur le microbiote animal pourraient également être transférées au modèle humain et faire avancer les recherches, notamment celles qui portent sur le contrôle des maladies inflammatoires intestinales. Le projet a reçu un appui financier du Centre de recherche en infectiologie porcine et avicole et de l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels, deux regroupements stratégiques soutenus par le FRQNT.