Évaluation panquébécoise des facteurs déterminant la dynamique des populations du caribou forestier


Les perturbations humaines en forêt boréale, dont l'aménagement forestier, sont pointées comme étant des causes du déclin des populations du caribou forestier, une espèce en péril au Canada et vulnérable au Québec. Dans le contexte où les législations préconisent un aménagement du territoire qui doit respecter un niveau de perturbation permettant le rétablissement des populations, notre programme de recherche visait à acquérir une compréhension fine des attributs de l'habitat influençant la dynamique des populations du caribou forestier au Québec, de façon à pouvoir identifier des niveaux de perturbation qui ne compromettraient pas le rétablissement de   cette espèce.

Plus spécifiquement, trois objectifs ont été poursuivis soit :

  1. l'établissement du lien entre la fidélité des femelles au site, la mortalité des faons et le recrutement des populations du caribou forestier,
  2. l'évaluation des conséquences de la sélection de peuplements d'âge et d'origine (feu ou coupe) différents sur la survie du caribou, en fonction du cycle régional des feux et
  3. l'intégration de l'ensemble des connaissances acquises pour établir les variations régionales du niveau de perturbation maximal permettant le maintien des populations du caribou.

Nous avons utilisé les données de suivis télémétriques de femelles caribou ainsi que des faons suivis de 2003 à 2014. Nos résultats indiquent d'abord que les femelles caribou forestier sont fidèles aux secteurs utilisés l'année précédente durant la mise bas et l'élevage des faons (Objectif 1). Cependant, cette fidélité diminue dans les secteurs où la densité de routes est élevée. De plus, quand les routes sont moins abondantes, la survie des faons est plus élevée. Les perturbations en forêt boréale peuvent donc modifier le comportement de fidélité des femelles et la survie de leur faon diminuant possiblement le recrutement qui est au cœur du déclin observé au sein de plusieurs hardes de caribous forestier.

Les analyses menées à divers moments de l'année ont montré que la probabilité de survie des caribous adultes augmente avec l'éloignement des coupes de 6 à 20 ans (Objectif 2). Il reste à savoir si la stratégie d'évitement des coupes par les individus varie d'une région à une autre en raison de leur préadaptation aux taux variables de perturbations générés par les régimes naturels de feux. De façon complémentaire, nos travaux indiquent que la survie des femelles adultes et le recrutement d'individus au sein de la population (nombre de faons/100 femelles) diminuent en fonction de l'augmentation du taux de perturbations total (Objectif 3). Ces paramètres démographiques augmentent toutefois avec la proportion de peuplements potentiellement productifs dans le paysage. Ainsi, la productivité des forêts peut entraîner des variations régionales des niveaux de perturbations « acceptables » pour le maintien des populations de caribou.

Cela dit nos résultats montrent que le niveau « acceptable » de perturbations est dépassé pour quatre des six hardes présentes dans la forêt commerciale du Québec. Il s'avère donc nécessaire de mettre en œuvre des stratégies de conservation visant à limiter des perturbations supplémentaires, en considérant les caractéristiques démographiques de chacune de ces populations.

Chercheur responsable

Daniel Fortin, Université Laval

Équipe de recherche

  • Pierre Drapeau, Université du Québec à Montréal
  • Julien Mainguy, ministère des Ressources naturelles et de la Faune
  • Ariane Massé, ministère des Ressources naturelles et de la Faune
  • Martin-Hugues St-Laurent, Université du Québec à Rimouski

Durée

2014-2016

Montant

186 000 $

Partenaire financier

  • Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Appel de propositions

Aménagement et environnement forestiers-V