Impact de l'extraction des produits du bois sur le bilan de carbone en forêt: vers une estimation plus précise de leur empreinte environnementale afin d'en renforcer la compétitivité


D'un point de vue environnemental, le bois représente le meilleur matériau de construction. Cet attribut peut être utilisé par l'industrie forestière pour créer un avantage compétitif soutenable. De plus, le bois a une faible empreinte environnementale, puisqu'il provient d'une ressource renouvelable et son utilisation contribue à la lutte aux changements climatiques. L'analyse du cycle de vie permet d'évaluer les émissions de gaz à effets de serre associées aux activités d'extraction, de transport et de transformation du bois. Le talon d'Achille de ce calcul est l'impact de la récolte sur les stocks de carbone en forêt. Comme ce projet produit des connaissances de pointe dans un domaine critique pour la foresterie au Québec, nous nous sommes intéressés en parallèle aux contraintes auxquelles fait face l'appropriation de telles connaissances par les gestionnaires forestiers.

But de l'étude

Le projet vise la composante « impact de l'aménagement » en termes de carbone dans l'analyse du cycle de vie des produits du bois. L'étude s'est focalisée sur une unité d'aménagement forestier et un industriel, afin de limiter le degré de complexité des interactions forêt-perturbations-aménagement-transformation.

Résultats et retombées

  • Nous avons utilisé une approche basée sur l'historique des feux (1880-2000) pour cartographier le contenu en carbone pour la partie commerciale (sous attribution) du domaine de la pessière noire à mousses. Cette approche a identifié une activité intense des feux entre 1920 et 1940, non répertoriée dans les statistiques sur les incendies forestiers au Canada et qui a affecté 25% de la superficie sous étude. Un modèle a ensuite été calibré en fonction du temps depuis le dernier feu à l'échelle de cellules de 2 km2 (taille médiane des feux) et qui explique respectivement 73% et 59% de la variabilité de la biomasse des réservoirs de carbone aérien et du carbone organique du sol.
  • La quantité nette de carbone qui a été séquestrée par m3 de bois récolté depuis le commencement de l'exploitation forestière d'une UAF depuis 40 ans a été évaluée. La récolte entraîne une baisse initiale des stocks pour les territoires subissant une conversion de l'état naturel vers l'état aménagé. Les résultats montrent que 50 années d'aménagement sont nécessaires avant que la forêt constitue un puits de carbone suffisamment puissant pour compenser l'exportation de carbone causée par l'aménagement forestier. Soixante-dix ans d'aménagement sont nécessaires pour qu'un m3 de bois engendre un bénéfice net de séquestration. Malgré cette légère baisse, la récolte d'un m³ de bois engendre tout de même un bénéfice de séquestration nette de 0.070 ± 0.059 tC/m³ après 100 ans.
  • Une analyse du cycle de vie de l'ensemble du panier de produits (15) a été réalisée pour un industriel forestier. Les impacts (kg CO2 par m3) varient fortement en fonction du niveau de transformation et surtout de l'utilisation du collage pendant la transformation. Si en volume les copeaux représentent le produit principal (53%), leur impact (42 kg CO2 par m3) est trois fois plus faible que celui de produits en lamellé collé. Il n'en demeure pas moins que les copeaux représentent 45% des émissions dues à la transformation. Les frontières de cette analyse ont été élargies pour un produit jusqu'à sa distribution aux clients. Dans le cas présent, le transport représente 1,4 fois l'ensemble des émissions en amont de la distribution. Un modèle d'optimisation à objectifs multiples (environnement, économie et technique) permet de trouver de meilleurs compromis (empreinte vs. coût).
  • La compréhension des obstacles et des difficultés perçues par les entreprises en lien avec la gestion du carbone est préalable à l'adaptation des processus organisationnels des acteurs industriels. Dix-sept entrevues ont été réalisées auprès de représentants d'entreprises ayant accepté de participer à une enquête sur ce sujet. Les entrevues sont présentement en cours d'analyse. Mais déjà, différents profils se dégagent quant à la conscience et à la volonté d'intégrer la problématique du carbone.

Les travaux de recherche ont suscité l'intérêt du Bureau du Forestier en Chef quant à l'inclusion du bilan de carbone dans les calculs de possibilité pour 2018-2023. Tous les industriels sollicités ont réagi positivement. Cela augure bien pour la suite des choses que ce soit en termes d'activités de transfert des connaissances issues du projet comme tel, que pour la conception de travaux de recherche futurs plus orientés sur la mise en place de stratégies explicites de gestion du carbone dans des perspectives industrielles.

Chercheur responsable

Frédéric Raulier, Université Laval

Équipe de recherche

  • Robert Beauregard, Université Laval
  • Pierre Y. Bernier, Service canadien des forêts, Québec
  • Luc Bouthillier, Université Laval
  • Alain Leduc, U. du Québec à Montréal
  • David Paré, Service canadien des forêts, Québec
  • Sylvie Tremblay, Ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF)

Durée

3 ans

Montant

215 476 $

Partenaire financier

  • Ministère des Ressources naturelles et de la Faune

Appel de propositions

Aménagement et environnement forestiers – IV