L'épinette noire demeurera-t-elle résistante à la tordeuse des bourgeons de l'épinette sous changements climatiques ?


Dans l'épidémie de tordeuse des bourgeons de l'épinette (TBE) qui ravage actuellement la Côte-Nord, la pessière noire subit pour la première fois des dommages importants. La TBE se nourrit de bourgeons en expansion, et nous testons l'hypothèse que les effets des changements climatiques sur le délai entre le débourrement de ces bourgeons et l'émergence de la TBE au printemps pourraient expliquer cette vulnérabilité nouvelle de l'épinette noire.

Nos travaux ont montré comment la synchronie entre l'insecte et le débourrement de son hôte définit une fenêtre d'opportunité pour la tordeuse. Les chenilles qui émergent trop tôt connaissent un taux de mortalité élevé, mais celles qui survivent se développent bien, car elles ont accès à une nourriture de qualité. Les chenilles qui émergent tard survivent peu et se développent mal, car le bourgeon grandit trop rapidement pour leur permettre de se nourrir adéquatement. Ces résultats suggèrent que l'épinette noire risque en effet d'être beaucoup plus affectée par la tordeuse lors de cette épidémie que des précédentes, et que l'épidémie risque de s'étendre beaucoup plus au nord qu'au préalable. Un suivi de la limite nord de l'insecte basé sur ces résultats confirme que la TBE se disperse actuellement jusqu'à Fermont, et les travaux en cours continuent pour voir si les larves réussissent à s'y établir et propager l'épidémie.

De plus, nous avons aussi montré que cette fenêtre d'opportunité s'ouvre de façon plus abrupte sur l'épinette noire que sur le sapin baumier. Les larves qui émergent sur le sapin baumier avant le débourrement minent le vieux feuillage en attendant que les bourgeons soient prêts. Elles n'y réussissent pas sur l'épinette noire, parce que les vieilles aiguilles sont trop dures. Ces résultats expliquent donc pourquoi l'épinette noire est traditionnellement considérée comme un mauvais hôte pour la tordeuse, et ouvrent une nouvelle piste de recherches sur l'importance de la dureté du feuillage comme défense physique des conifères contre les insectes ravageurs.

Chercheuse responsable

Emma Despland, Université Concordia

Équipe de recherche

  • Éric Bauce, Université Laval
  • Emma Despland, Université Concordia

Durée

3 ans

Montant

215 000 $

Partenaire financier

  • Ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs

Appel de propositions

Aménagement et environnement forestiers-V