La valeur du paysage, un nouvel intrant pour la planification de l'aménagement forestier


Le paysage est une ressource culturelle et économique, un capital nature qui a permis le développement économique de plusieurs régions du Québec. Plus particulièrement, les régions de la Gaspésie et de Charlevoix misent sur la beauté de leurs paysages pour assurer leur développement socio-économique. L'objectif général du projet était de développer un outil d'aide à la décision spatialement explicite pour quantifier les services des écosystèmes sous différents scénarios d'aménagement, principalement le paysage forestier. Les objectifs spécifiques étaient 1) d'identifier les zones d'importance pour la préservation des paysages forestiers et leurs attributs en fonction de la perception des groupes d'acteurs, 2) d'accorder une valeur économique à l'esthétique du paysage pour une intégration dans un processus de planification forestière et 3) de bâtir un cadre de référence pour la reproduction de cette étude à d'autres biens et services environnementaux (BSE) et/ou d'autres régions. Pour y arriver, nous avons fait appel à des experts et des utilisateurs, incluant les résidents et les touristes potentiels en procédant par groupes de discussion, entrevues individuelles et enquête en ligne pour rejoindre la population du Québec.

Nous avons développé une approche permettant d'intégrer les BSE dans la planification du territoire. Cette approche comporte quatre étapes : la caractérisation biophysique du territoire (étape réalisée en parallèle), la conceptualisation et la contextualisation du bien ou du service écosystémique, l'évaluation économique des paysages et la constitution du modèle spatialement explicite. Plusieurs des activités ont été réalisées en mode participatif. Elles ont permis entre autres de connaître l'utilisation du territoire, d'identifier les secteurs et les attributs du paysage jugé importants par les utilisateurs.

Le premier objectif nous a permis de développer un cadre conceptuel basé sur des attributs de l'esthétique du paysage, proposés par les participants, afin de construire des réseaux bayésiens pour la modélisation. Ainsi, une méthodologie participative simple et rapide a été conçue pour pondérer les indicateurs par les parties prenantes afin de déterminer les valeurs des probabilités à inclure dans les modèles probabilistes. Les résultats démontrent que les indicateurs représentant la complexité, la naturalité et les éléments marquants du paysage contribuent dans une même mesure à la beauté du paysage alors que l'impact des indicateurs de perturbation varie considérablement en fonction de l'indicateur. La méthodologie développée a le potentiel d'être mise en œuvre dans d'autres régions afin d'évaluer l'esthétique du paysage dans différents contextes et à différentes périodes, compte tenu des variations spatio-temporelles. Le réseau bayésien développé dans cette étude pourrait donc être appliqué ailleurs par une adaptation du système de classification de la couverture terrestre au contexte local.

Le deuxième objectif nous a permis de constater que la présence d'eau, le nombre de types de peuplements, la mosaïque de peuplements et l'échelle de vue sont considérés comme des attributs attractifs du paysage forestier. Ainsi, un niveau élevé de ces attributs procure une satisfaction importante alors qu'un niveau faible entraine seulement une faible insatisfaction. Également, notre étude de choix expérimentaux a permis de déterminer une valeur monétaire pour chaque attribut du paysage global ; la volonté à payer (VAP) pour la diversité de types de couverture de terre serait de 69,42 $ par an et par ménage, de 16,32 $ pour la dispersion, de 157,9 $ pour la naturalité et enfin de 181,67 $ pour l'absence de perturbation. Ainsi, les individus considèrent que la perturbation est l'attribut le plus important en termes d'esthétique du paysage. Notre étude a également fait ressortir que les populations qui habitent dans la région de Charlevoix ont une VAP sensiblement égale par rapport au reste de la population québécoise alors que celles habitant dans la région de la Gaspésie ont des spécificités particulières en termes d'esthétique du paysage. Les Gaspésiens valorisent donc davantage l'absence de perturbation, la diversité ainsi que la dispersion par rapport aux autres régions mais seraient moins sensibles à la naturalité.

Le projet représente un premier pas vers l'évaluation globale des services environnementaux pour un territoire donné. Il est important d'améliorer les outils existants et de les rendre disponibles aux échelles municipale et régionale pour appuyer objectivement les décisions concernant l'utilisation des terres et la gestion intégrée des ressources. Un cadre de référence pour l'intégration des BSE dans les processus décisionnels pourrait contribuer à mieux cerner des enjeux locaux à moyen et à long terme, via une présentation des scénarios montrant les pertes et les gains des services ou bénéfices des écosystèmes (incluant les bénéfices rarement monétisés), qui découlent des décisions immédiates.

Chercheuse responsable

Nancy Gélinas, Université Laval

Équipe de recherche

  • Nancy Gélinas, Université Laval
  • Yan Boucher, Ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs
  • Steve Déry, Université Laval
  • Dominique Arseneault, Université du Québec à Rimouski
  • Jie He, Université de Sherbrooke
  • Alison Dale Munson, Université Laval
  • Stéphanie Uhde, Institut de la statistique du Québec
  • Hirondelle Varady-Szabo, Consortium en foresterie Gaspésie-Les-îles

Durée

3 ans

Montant

215 000 $

Partenaire financier

  • Ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs

Appel de propositions

Aménagement et environnement forestiers-V