Laver les eaux usées



Les polluants ne sont pas tous des déchets. Certains peuvent être recyclés en… dépolluants !

Catherine Mulligan, professeure à l'Université Concordia et directrice de l'Institut de recherche sur l'eau, l'énergie et la durabilité, travaille en effet à concevoir une méthode de traitement des eaux usées à partir du CO2 émis par les industries.

Catherine Mulligan a pensé  récolter le CO2 pour l'injecter dans les eaux usées.

Les usines traitent généralement leurs effluents par un processus appelé « aérobie » qui fournit de l'oxygène à des bactéries pour qu'elles décomposent les polluants. Ce mode de « nettoyage » est largement utilisé et a fait ses preuves. Par contre, il produit beaucoup de boues biologiques d'épuration qu'il faut ensuite assainir à grands coups d'énergie.

Comme ces mêmes usines émettent du CO2 – un gaz à effet de serre –, Catherine Mulligan a pensé le récolter pour l'injecter dans les eaux usées. Dans un processus d'anaérobie, c'est-à-dire sans oxygène, les bactéries utiliseront le gaz carbonique et dépollueront les effluents industriels. En prime : une production de méthane qui pourra servir à faire fonctionner des générateurs, et moins de gaz nocifs dans l'air !

De concert avec son partenaire de recherche, FPInnovations, la chercheure a prélevé des échantillons d'eaux usées dans des usines de Trois-Rivières et de Matane pour tester sa méthode de « lavage » en laboratoire. Les résultats sont prometteurs : le procédé permet effectivement de dégrader les polluants dans l'eau en générant moins de boues biologiques, d'enlever le CO2 dissous dans l'eau et de produire du biogaz utilisable.

L'ingénieure espère expérimenter prochainement son concept à grande échelle pour en faire, ultimement, un procédé « hautement durable » d'assainissement des eaux et de l'air.