Poissons en déroute



Les poissons des rivières québécoises ont la vie dure. Les ponceaux, ces gros tuyaux de ciment ou de tôle installés sous les routes et les chemins forestiers du Québec, sont pour eux une épreuve, voire une barrière infranchissable qui les empêche de voyager entre leurs différents habitats de reproduction, d'alimentation et de refuge.

Les images filmées ont montré que, contrairement à la croyance, les poissons ne tentent pas de traverser les tuyaux d'un seul coup.

En effet, en raison de l'étroitesse des structures et de leur fond moins rugueux qu'en rivière, l'eau y coule trop vite. Normand Bergeron, professeur en géomorphologie et habitat fluvial au Centre Eau Terre Environnement de l'INRS, s'est donné pour mission d'aider les ingénieurs à concevoir des ponceaux mieux adaptés aux poissons.

Le chercheur a marqué plus d'un millier d'ombles de fontaine – de grandes utilisatrices de ponceaux – avec des puces électroniques. À l'aide d'antennes et de caméras installées dans plusieurs conduits, il surveille les points d'entrée et de sortie des poissons, et le moment où cela se produit. Le scientifique peut ainsi évaluer leur succès ou leur échec à traverser la canalisation selon divers critères : leur taille, la vitesse du courant, la grandeur de la structure, la température de l'eau, etc. Les images filmées ont par ailleurs montré que, contrairement à la croyance, les poissons ne tentent pas de traverser les tuyaux d'un seul coup; ils nagent par étape et utilisent le creux des fonds ondulés pour se reposer. Cette observation est capitale, car les ponceaux ondulés désuets sont remplacés par des canalisations à fond lisse qui n'offrent pas ces postes de repos. 

Normand Bergeron propose donc d'installer de petits obstacles dans les conduits pour permettre aux poissons de récupérer. Cette approche – qui sera testée sous peu – et toutes les données biologiques découlant de l'étude viendront bonifier les modèles de conception des ponceaux utilisés par les ingénieurs.