Sophie Gobeil en vedette dans CURIUM



Consultez le publireportage de la revue CURIUM (édition mars 2017),
magazine « science et société » québécois destiné aux adolescents.

Sophie Gobeil est docteure en biochimie de l'Université de Montréal.

On parle souvent de résistance aux antibiotiques. De quoi s'agit-il ?

Les bactéries ont plusieurs astuces pour parer aux attaques des antibiotiques. Elles peuvent, par exemple, produire des enzymes capables de les reconnaître et de les détruire.

Jusqu'à récemment, on pensait qu'une enzyme ne pouvait reconnaître qu'un seul type d'antibiotique. Mais c'est plus compliqué que ça, car une enzyme peut agir sur plusieurs antibiotiques. Et pouvoir en coincer plusieurs, c'est pouvoir parer à différentes attaques. C'est un atout que les enzymes offrent aux bactéries pour les rendre résistantes !

Comment ?

En bougeant, en se transformant ! Pour visualiser leur dynamisme précisément, on a pris des images des enzymes toutes les millisecondes. On en a épié trois avec la même fonction : anéantir un certain type d'antibiotique. Deux enzymes naturelles, qui ne bougent pas, on le sait. Et une troisième qu'on a fabriquée à partir des deux autres. C'est une des façons que peut utiliser une enzyme pour évoluer : elle prend un peu à droite, un peu à gauche et elle garde ce qui fonctionne le mieux. En fait, on a mimé son évolution.

Surprise, l'enzyme artificielle peut bouger ! Elle change de forme sans affecter sa fonction. Notre hypothèse, c'est que le dynamisme d'une enzyme peut lui permettre de s'adapter à l'antibiotique qu'elle a en face d'elle, comme la pâte à modeler se moule autour d'un objet pour l'épouser parfaitement. Et quand un mouvement donné procure un avantage à la bactérie (par exemple, reconnaître un antibiotique et éviter ainsi qu'il ne la tue), elle le garde et le fixe.

C'est une mauvaise nouvelle pour les antibiotiques ?

Non, c'est plutôt une belle piste de recherche. Si on parvient à mieux comprendre quand et comment les enzymes bougent, ça pourrait permettre de développer des antibiotiques capables de bloquer certains types de mouvements. Et donc de contrer la résistance bactérienne. Autant dire que ce serait un vrai plus, puisque cette fameuse résistance aux antibiotiques est un problème majeur de santé publique.

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Consultez le résumé de sa publication primée.