Changements environnementaux au cours du dernier millénaire dans le sud-est du Québec

 

Jeannine-Marie St-Jacques

Université Concordia

 

Domaine : environnement

Programme : établissement de nouveaux chercheurs universitaires

Concours 2018-2019

Une meilleure compréhension de la variabilité environnementale à l'échelle du siècle au Canada est nécessaire pour détecter les changements environnementaux régionaux dus au réchauffement climatique. Si nous détectons un changement environnemental régional, avant que nous puissions l'attribuer définitivement au réchauffement climatique, nous devons d'abord comprendre ce qu'est la variabilité environnementale régionale naturelle à basse fréquence afin de déterminer si nous nous situons en dehors de sa gamme normale. Malheureusement, la variabilité naturelle de basse fréquence est généralement juste au-delà de la portée des enregistrements instrumentaux (environ un siècle au mieux au Canada), ce qui signifie que nous devons habituellement utiliser des méthodes de paléo-proxy telles que le pollen déposé dans des sédiments lacustres ou des anneaux d'arbres pour déduire ces données manquantes. Les sédiments lacustres archivent le pollen de la végétation environnante. En analysant ce pollen piégé dans la boue du lac, nous pouvons reconstruire l'histoire forestière d'une région. Les cernes d'arbres sont un autre moyen important pour inférer la variabilité climatique passée, les arbres produisant un cerne annuel plus épais pendant une année où les conditions climatiques sont meilleures (par exemple, plus chaudes ou plus humides) et produisant un cerne plus fin dans une année plus difficile (par exemple, plus froide ou plus sèche). En mesurant l'épaisseur des cernes d'arbres, nous pouvons reconstruire le climat du passé.
 
Le sud-est du Québec est déficient dans les enregistrements environnementaux à l'échelle du siècle, et beaucoup moins d'enregistrements remontent encore plus loin. Je propose de combler ce vide par deux projets étroitement liés qui étudient les changements environnementaux régionaux. Les détails sur la façon dont les forêts réagissent aux changements climatiques aux échelles multi-décennales à multi-centenaires ne sont pas bien compris. Le premier projet reconstituera les changements forestiers au cours du dernier millénaire à la frontière entre la forêt de feuillus dominée par l'érable et la forêt mélangée de conifères et de feuillus dans le Bas-Saint-Laurent en utilisant de pollen à partir d'une carotte de sédiments lacustres prélevée à haute résolution. Les applications pratiques de cette recherche sont nombreuses, notamment sur le plan économique pour l'industrie québécoise de l'érable où une meilleure compréhension de la dynamique à long terme des forêts d'érable à sucre revêt un potentiel économique important.
 
En Gaspésie (Qc), les séries historiques de données de température et de précipitation sont particulièrement rares. Par conséquent, nous manquons de données de base climatiques et hydrologiques dans une région qui connaît déjà des changements sévères et même des dommages importants causés par le réchauffement climatique, par exemple, des inondations sévères et fréquentes des rivières et une élévation du niveau de la mer. De plus, les longs registres de température sont importants pour la gestion durable du Parc national de la Gaspésie, y compris pour la gestion de son troupeau de caribous fortement menacé, mais ces données n'existent pas. Pour combler ce vide, le deuxième projet reconstruira les changements climatiques dans le parc national de la Gaspésie au cours des 600-1000 dernières années en utilisant des cernes d'arbres.