Fonctions et services écologiques des herbiers du lac Saint-Pierre, et impact de leur détérioration dans la dynamique des chaînes alimentaires, des bactéries jusqu'aux poissons

 

Pierre Magnan

Université du Québec à Trois-Rivières

 

Domaine : environnement

Programme d'initiatives stratégiques pour l'innovation

Concours 2014-2015

Partenaire

Ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs

Les pêcheries sportives et commerciales de la perchaude ont connu des baisses importantes de rendement depuis le début des années 90, dans les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent. Au Lac Saint-Pierre (LSP), qui est le plus grand lac fluvial du Saint-Laurent (Québec), les débarquements annuels moyens de la pêche commerciale ont chuté de 210 t (1984-1994) à moins de 70 t en 1997. Malgré l'application de mesures de gestion très restrictives depuis 1997, la population de perchaudes a continué à décliner, au point où un moratoire de cinq ans a été décrété en 2012 sur toutes formes de pêche.

La présente demande vise à examiner l'hypothèse que la non-résilience de la population de perchaude, suite à la réduction de l'effort de pêche, serait attribuable à la dégradation des milieux humides du Lac Saint-Pierre. Ces milieux, constitués de plantes submergées, de périphyton et d'algues filamenteuses (ci-après « végétation aquatique submergée »; VAS) constituent des habitats de fraye et d'alevinage pour la perchaude, leur assurent une source de nourriture diversifiée et un refuge contre les prédateurs. On assiste depuis 2005 au remplacement de la VAS par une dominance de cyanobactéries filamenteuses (Lyngbya wollei) et coloniales (Gloeotrichia sp.) dans le LSP. Sur la rive sud, ce phénomène coïncide avec les apports des rivières Richelieu, Yamaska et Saint-François.

Cette problématique suscite de nombreuses questions quant aux effets cumulatifs des tributaires agricoles sur l'ensemble de l'écosystème fluvial: apports d'éléments nutritifs et de sédiments, impact sur les cycles biogéochimiques et sur certains contaminants prioritaires. La modification de la VAS et la prolifération de cyanobactéries filamenteuses benthiques correspondent à une réduction de la richesse et de la biomasse des invertébrés benthiques et le déclin de la VAS réduit la biomasse de zooplancton. Ces changements semblent associés à une réduction de la survie et la croissance des jeunes perchaudes au LSP, et cette détérioration des habitats touche une multitude d'autres espèces qui dépendent aussi de la VAS.

Les connaissances acquises dans le cadre de cette Initiative stratégique pour l'innovation (ISI) sont essentielles à une éventuelle restauration des habitats du LSP. Elles permettront de justifier des cibles de restauration des habitats, en particulier des herbiers et de la qualité de l'eau provenant des tributaires, en plus d'établir un état de référence du fonctionnement de l'écosystème. De plus, cette ISI répond en tous points aux besoins d'acquisition des connaissances identifiées par le MDDEFP dans sa « Stratégie d'intervention globale pour la sauvegarde du lac Saint-Pierre », lancée en février 2013. Dans le but ultime de restaurer les habitats aquatiques du LSP, le premier volet de cette stratégie vise à « compléter le diagnostic de l'état de santé du lac Saint-Pierre et de ses tributaires et de déterminer les causes possibles de la détérioration des écosystèmes » (Communiqué de presse MDDEFP, 15 février 2013).