La préférence thermique des poissons en réponse à une infection parasitaire : une stratégie de comportement thérapeutique

 

Sandra Ann Binning

Université de Montréal

 

Domaine : organismes vivants

Programme : établissement de nouveaux chercheurs universitaires

Concours 2019-2020

Les parasites peuvent profondément affecter le comportement et la physiologie de leur hôte. Cependant, leur influence sur le comportement et le mouvement des animaux (i.e. les décisions concernant le lieu et le moment du déplacement) reste largement inexplorée, en partie parce que les parasites sont souvent petits et peu visibles. Certains parasites sont capables de manipuler le mouvement de leur hôte pour leur propre bénéfice (manipulation de l'hôte), mais l'hôte lui-même peut également utiliser le mouvement pour lutter contre les infections, ce qui est considéré comme un comportement thérapeutique. Ce comportement, communément appelé « fièvre comportementale », correspond à un déplacement vers un environnement thermiques plus chauds qui favorise le rétablissement après une infection. Cependant, les coûts et/ou les avantages ressentis par les hôtes lorsque dans des conditions plus chaudes et le comportement de thermorégulation des individus infectés et non infectés en milieu naturel sont peu connus. Ce projet utilise le crapet soleil (Lepomis gibbosus) et un parasite commun, le trématode Uvulifer ambloplitis, pour déterminer dans quelle mesure les individus infectés modifient leur préférence thermique pour combattre l'infection parasitaire. Le crapet soleil est souvent parasité par des trématodes qui pénètrent dans la peau du poisson et se transforment en métacercaires apparaissant comme des points noirs visibles sur le corps et les nageoires. Cette infection est communément appellée la maladie des taches noires. Ainsi, il est facile d'évaluer de manière non invasive la quantité d'endoparasites sur l'hôte, rendant cette association hôte-parasite idéale pour répondre à trois questions importantes. Q1) Les poissons infectés préfèrent-ils et tolèrent-ils des températures différentes de leurs congénères sains ? Nous évaluerons la préférence et la tolérance thermique des hôtes en laboratoire en utilisant un système expérimental appelé Shuttle Box ainsi que des tests de tolérance thermique maximale (CTmax). Q2) Les poissons infectés recherchent-ils activement des microhabitats plus chauds en milieu naturel ? Nous comparerons la préférence thermique et le déplacement de poissons infectés et non-infectés en nature avec des capteurs d'indices biologiques (biologgers). Ces capteurs mesureront la température corporelle et la fréquence cardiaque de chaque individu. Q3) Le temps passé dans un habitat chaud permet-il aux poissons infectés de réduire leur taux d'infection ? Nous évaluerons les avantages potentiels associés au temps passé dans des habitats plus chauds grâce à une expérience d'acclimatation thermique en laboratoire utilisant des mesures physiologiques comme indicateurs de l'état de santé des individus. Ce projet produira des données empiriques indispensables afin de comprendre les conséquences des interactions entre les hôtes, les parasites et le mouvement animal dans un contexte de réchauffement climatique. Les réponses à ces questions présentent aussi un intérêt pour l'industrie de l'aquaculture et de la pêche récréative, car la maladie des taches noires affecte de nombreux de poissons d'élevage et prisés par les pêcheurs sportifs.