Les femmes en sciences au Québec

Il reste encore du chemin à parcourir pour que l'égalité entre les femmes et les hommes soit pleinement atteinte en science, en technologie, en ingénierie et en mathématiques (STIM), au Québec et ailleurs dans le monde.


Les femmes sont sous-représentées en STIM, notamment dans des domaines comme la physique, le génie et l'informatique,  des secteurs hautement stratégiques maintenant et dans le futur. En plus de cette sous-représentation, les préjugés à l'égard des femmes en sciences – des préjugés bien souvent inconscients – demeurent prévalents.

Cela constitue certainement un frein à la progression et au maintien des femmes dans les carrières scientifiques.

Or, les femmes, tout comme les hommes, peuvent contribuer à l'avancement des STIM. En mobilisant leur plein potentiel et en les intégrant à tous les niveaux, on augmentera de façon générale la capacité de recherche, tout en favorisant une recherche diversifiée, porteuse d'innovation.

Journée internationale des femmes et des filles en science : Nous avons besoin d'un cadre et non d'une courtepointe pour colmater le « pipeline qui fuit »

Par Maryse Lassonde, directrice scientifique du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies et présidente de la Société royale du Canada

Le 11 février, le monde célébrera la Journée internationale des femmes et des filles en science. Il y aura beaucoup d'articles et de discours sur le fameux « pipeline qui fuit », une métaphore utilisée pour décrire le flux constant de femmes qui quittent les domaines de la science, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques (STIM) tout au long de leurs études et de leurs carrières.

Soyons honnêtes : les politiques actuelles ne suffisent pas à « colmater les fuites ». Au Québec et au Canada, nous disposons d'un éventail impressionnant de politiques et de projets visant à promouvoir l'égalité des sexes qui s'étendent à presque tous les ministères. Pourtant, les données montrent qu'il y a eu peu ou pas de progrès dans le nombre de femmes qui poursuivent en STIM au cours des 20 à 30 dernières années.

Que faisons-nous de mal et que faisons-nous de bien ? Je ne peux pas vous le dire, car nous n'avons aucun moyen de mesurer l'impact de nos efforts. Mais en travaillant avec l'Institut de statistique de l'UNESCO (ISU), nous sommes sur le point de transformer notre « courtepointe » de politiques en un cadre global basé sur des données solides.

Le Québec s'est joint à SAGA-STEM et l'égalité des genres – une initiative menée par l'ISU avec le financement de l'Agence suédoise de coopération internationale au développement. Nous nous joignons à une dizaine de pays et d'organisations régionales pour élaborer une trousse d'outils méthodologiques et de cadres conceptuels afin de produire des données plus précises permettant de mieux cibler les politiques.

Notre premier atelier, tenu à Montréal le 1er février 2017, a dépassé toutes les attentes. Bien que l'initiative soit dirigée par deux organismes, les Fonds de recherche du Québec et le ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, des scientifiques et des décideurs de tous les secteurs étaient présents à la rencontre. Toutes et tous sont venus avec le même objectif : briser les silos et travailler ensemble.

Pourquoi si peu de femmes arrivent-elles au sommet ?

J'avais besoin de ce coup de pouce d'inspiration ! Quand j'ai commencé ma carrière, il y avait des écarts salariaux flagrants entre les femmes et les hommes en science. La situation se stabilise graduellement, mais malheureusement très peu de femmes arrivent au sommet. Elles possèdent de grands réseaux locaux, mais se font moins connaître sur la scène internationale, alors que le rayonnement international permet une plus grande reconnaissance des travaux, notamment en ce qui a trait au nombre de citations.

Pourquoi ? De nombreux facteurs façonnent les choix de carrière. Par exemple, les femmes sont souvent déchirées par leurs responsabilités à la maison, dans leur vie personnelle. Aux Fonds de recherche du Québec, nous avons mis en place des politiques plus favorables à la famille, par exemple permettre aux chercheuses et aux chercheurs de se faire rembourser les frais de garde d'enfants lorsqu'ils participent à des conférences. Mais ce n'est pas assez.

Je pense que le plus gros problème est un manque de confiance en soi. Les femmes ont souvent l'impression qu'elles ne sont tout simplement pas assez bonnes. Elles sont réticentes à postuler pour des postes de haut niveau ou attendent que d'autres soumettent à leur place leur candidature pour un prix. Par exemple, l'un des prix de recherche les plus prestigieux et les plus généreux offerts au Canada, le Programme des chaires d'excellence en recherche du Canada, comprend une seule femme parmi les 27 lauréats.

Il faut beaucoup de courage pour percer dans des champs traditionnellement dominés par les hommes. De nombreuses études ont montré les effets des stéréotypes et comment ceux-ci entrainent des réactions différentes à des offres d'emploi par exemple. Des études montrent qu'une femme avec 90 % des compétences demandées est susceptible de se dire qu'elle n'a pas toute l'expertise requise et de ne pas appliquer, alors qu'un homme avec 70 % des compétences sent qu'il doit postuler.

Pas de solutions rapides – Nous avons besoin de données pour mesurer l'impact des politiques

Nous devons adopter une approche proactive pour encourager les femmes à s'affirmer, à postuler pour les emplois de haut niveau, les subventions de recherche et les prix. Il existe de nombreuses façons de cultiver ce changement, par exemple en mettant de l'avant plus de modèles féminins pendant l'éducation des filles et les carrières des femmes. Mais nous devons constamment réviser et évaluer l'impact de nos politiques pour rester sur la bonne voie.

C'est là que SAGA entre en jeu. Ce projet offre un cadre pour relier les objectifs aux politiques et aux données. Personnellement, je pense qu'il faut mettre l'accent sur la place des femmes dans les domaines de l'entrepreneuriat et de la technologie. C'est là que l'argent et les emplois sont maintenant et seront à l'avenir. Même dans les pays scandinaves, qui sont à bien des égards les leaders en matière d'égalité entre les sexes, les femmes ne progressent pas dans ces domaines.

Encore une fois, il n'y a pas de solutions rapides. Mais en utilisant les données, nous pouvons transformer notre courtepointe de politiques en une stratégie concertée avec des données pour nous montrer ce qui est efficace et ce qui l'est moins. Il ne suffit pas de dire que 20 femmes ont reçu des bourses pour étudier à l'étranger. La mesure du succès est : ont-elles poursuivi dans leur champ d'expertise après cette expérience ou pas? Répondre à des questions difficiles exige des données solides.

Le projet SAGA, une approche novatrice pour évaluer l'égalité des genres en science, technologie, ingénierie et mathématiques

SAGA est un projet de l'UNESCO soutenu par la Suède via l'Agence suédoise de coopération internationale au développement. L'objectif global de SAGA est de contribuer à améliorer la situation des femmes et de réduire l'écart des genres dans le domaine de la science, de la technologie, en génie et en mathématiques (STEM), et ce, dans tous les pays et à tous les niveaux d'éducation et de recherche.

Par l'intermédiaire de SAGA, une dizaine de pays et de régions du monde ont l'occasion d'utiliser une approche novatrice pour élaborer des politiques en science, technologie et innovation (STI) ciblant l'égalité des sexes à l'aide d'indicateurs spécialement conçus pour mesurer la participation des femmes en STEM.

Afin d'avoir un portrait clair des politiques et mesures de soutien à l'intégration des femmes en sciences disponibles au Québec, les Fonds de recherche du Québec (FRQ) et le ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation (MESI) ont décidé de soutenir la mise en œuvre du projet SAGA au Québec.

Un premier atelier s'est tenu à Montréal le 1er février 2017. Réunissant près de trente personnes, les présentations ont permis de découvrir la boîte à outils SAGA et les échanges ont servi à jeter les bases d'une collaboration concertée autour du projet.

Les FRQ et le MESI sont à déterminer les suites de la mise en œuvre de SAGA au Québec en termes d'étapes et d'actions. N'hésitez pas à nous faire part de vos commentaires ou de votre intérêt à vous impliquer.

Documentation en lien avec le projet SAGA
Introduction Brochure pour les pays pilotes
Objectifs et Boîte à outils SAGA Liste des objectifs pour l'égalité des genres en STI
Présentation de Maryse Lassonde
à l'Atelier SAGA (1er février)
Bulletin d'information