Cultiver malgré le froid



Le gel est l'ennemi des agriculteurs, car les plantes n'aiment pas avoir trop froid. Dans certaines régions du Québec, comme l'Abitibi-Témiscamingue, plusieurs terres arables de qualité sont donc peu ou pas exploitées à cause des gelées, qui débutent tôt à l'automne et s'étirent tard au printemps. Et si les plantes pouvaient résister à ces gels ? Voilà le défi que s'est lancé Jean-Benoît Charron, professeur à la Faculté d'agriculture et de sciences de l'environnement de l'Université McGill, afin de prolonger la saison de la culture dans les régions nordiques.

L'objectif ultime : créer des végétaux qui pourraient pousser sous des latitudes plus froides.

Le chercheur fonde ses travaux sur le principe que les végétaux, comme beaucoup d'êtres vivants, développent des stratégies pour s'acclimater à leur environnement. À l'instar des êtres humains qui s'habillent chaudement lorsqu'il fait froid, les plantes produisent des molécules protectrices. Plus techniquement, leurs gènes peuvent être « allumés » ou « éteints » par des modifications chimiques – comme la méthylation de l'ADN – qui s'enclenchent en réaction à un stress. Ce sont ces mécanismes dits « épigénétiques » que le chercheur veut mieux comprendre pour éventuellement les exploiter.

Ainsi, le biologiste étudie la Brachypodium distachyon, une graminée très similaire au blé et à l'orge. Son petit génome et son cycle de croissance rapide en font un bon modèle pour cette recherche. À l'aide de plusieurs techniques de biologie moléculaire, Jean-Benoît Charron tente de mesurer l'activité ou l'inactivité des gènes, de même que les modifications chimiques observées lorsqu'on soumet la plante au froid. Son objectif ultime : maîtriser les mécanismes épigénétiques qui activent les gènes de résistance au gel afin de les surexprimer, créant ainsi des végétaux qui pourraient pousser sous des latitudes plus froides.