Enjeux de structure et de restauration des peuplements dans la sapinière à bouleau jaune


Le gouvernement du Québec a mis en place un nouveau régime forestier axé sur l'aménagement durable des forêts. L'approche préconisée dans ce régime pour définir des objectifs d'aménagement repose sur le concept d'aménagement écosystémique, qui consiste à identifier et mesurer les principaux écarts entre les forêts naturelles, qui servent de référence, et les forêts aménagées. Ces écarts, qui concernent des attributs importants comme la composition des essences forestières, la structure interne des peuplements et l'abondance du bois mort, permettront d'identifier des cibles et de formuler des directives d'aménagement dans chaque région du Québec. Dans la forêt tempérée en général, et dans la région du Bas-Saint-Laurent en particulier, les gestionnaires sont toutefois confrontés au fait qu'il n'y a plus suffisamment de sites et de paysages naturels qui peuvent servir de témoins pour mesurer les écarts entre les conditions naturelles et aménagées. Ces problèmes peuvent être solutionnés en reconstituant la végétation préindustrielle (i.e. la végétation naturelle) à partir de données historiques. Plusieurs travaux ont été réalisés ou sont en cours pour reconstituer la composition de la forêt préindustrielle. Cependant on possède encore peu de données sur la structure interne des peuplements et sur l'abondance du bois morts dans les forêts de cette époque.

Ce projet de recherche avait pour objectif principal d'aider à mettre en œuvre l'aménagement écosystémique en reconstituant la structure des forêts de l'époque préindustrielle, à partir d'un inventaire forestier réalisé vers 1930 par la compagnie Price dans le Bas-Saint-Laurent. À l'époque les arbres ont été dénombrés par espèces et par classes de tailles dans plusieurs milliers de sites à travers un grand territoire, offrant l'opportunité exceptionnelle de décrire la structure interne de la forêt (ie la grosseur des arbres de chaque espèce). Les objectifs spécifiques étaient: 1- de comparer la structure des forêts entre l'inventaire de 1930 et les inventaires gouvernementaux récents pour évaluer les changements entre les époques; 2- d'estimer l'abondance du bois mort dans les forêts préindustrielles à partir de l'inventaire des tiges vivantes de 1930. À cet effet, nous avons constitué une équipe de chercheur de l'Université du Québec à Rimouski (Luc Sirois, Dominique Arseneault et Robert Schneider), de l'Université Laval (Alexis Achim), du gouvernement du Québec (Yan Boucher) et du milieu régional du Bas-Saint-Laurent (Luc Lavoie).

Les principaux résultats démontrent que les données de l'inventaire de 1930 sont bien corrélées à celles des autres sources historiques sur la composition de la forêt, comme les archives de l'arpentage primitif. Cette ressemblance entre des données indépendantes indique qu'elles fournissent un portrait robuste de la forêt préindustrielle. L'analyse de la grosseur des arbres dans les placettes de 1930 confirme que les forêts préindustrielles du Bas-Saint-Laurent avaient une structure irrégulière avec beaucoup de bois mort et qu'elles étaient principalement dynamisées par des perturbations de faibles étendues, comme des chablis. Le ré-échantillonnage en 2012 de plusieurs sites échantillonnés en 1930 indique que les changements les plus importants sont survenus dans les sites qui avaient un couvert forestier mélangé (résineux-feuillus) en 1930. Ces changements concernent principalement une diminution importante de l'importance des grosses tiges de bouleau blanc et de bouleau jaune au profit des petites tiges d'érables, de bouleau blanc et d'épinettes. De manière générale l'importance des tiges de plus de 15 po (38 cm) de DHP a beaucoup diminuée. Des changements similaires sont survenus dans les sites résineux mais de manière moins prononcée. Des travaux sont en cours pour évaluer les effets de ces changements sur la quantité de bois mort présent dans les forêts, sur la productivité des sites et sur la qualité du bois exploitable.

Ces résultats auront des retombées importantes pour planifier l'aménagement durable des forêts. Les cibles d'aménagement durable pourront être mieux précisées en considérant la compostions des forêts, la taille des arbres, la quantité de bois mort, la productivité des sites et la qualité du bois exploitable.

Chercheur responsable

Luc Sirois, Université du Québec à Rimouski

Équipe de recherche

  • Alexis Achim, Université Laval
  • Dominique Arseneault, U. du Québec à Rimouski
  • Yan Boucher, Gouvernement du Québec
  • Luc Lavoie, Conférence régionale des élus du Bas-Saint-Laurent
  • Robert Schneider, U. du Québec à Rimouski

Durée

3 ans

Montant

215 415 $

Partenaire financier

  • Ministère des Ressources naturelles et de la Faune

Appel de propositions

Aménagement et environnement forestiers – IV