Identification de troupeaux laitiers infectés par Mycobacterium avium ssp. paratuberculosis: Diagnostic par la culture de l'environnement standardisée avec corrélation du profil sanguin à l'aide de marqueurs inflammatoires


La paratuberculose est une maladie entérique contagieuse à développement insidieux causée par la bactérie intracellulaire Mycobacterium avium subspecies paratuberculosis (MAP). Elle est difficile à contrôler et des pertes économiques importantes sont associées à l'infection dans un troupeau. Dans le cadre de cette étude, on vise (1) à faciliter l'identification des troupeaux atteints de la paratuberculose bovine en validant une méthode standardisée, et (2) à étudier le profil de marqueurs inflammatoires et génétiques associés à la paratuberculose bovine afin de mieux comprendre l'évolution de cette maladie incurable.

Pour le premier volet, des échantillons de l'environnement de 24 fermes, ainsi que des échantillons individuels (sérum (ELISA) et fèces (CFI)) de toutes les vaches adultes ont été prélevés en été et automne. Les deux sites le plus souvent identifiés (été-automne) comme positifs étaient les bottes (15,0 % et 12,5 %) et la fosse (11,9 % et 14,6 %). La combinaison des échantillons de la fosse, l'écureur, le groupe de vaches malades et le groupe de vaches maigres, a identifié toutes (8/8) les fermes positives à l'ENV. L'ENV a identifié correctement 53,3 % (IC 95 % : 26,6-78,7%) des troupeaux positifs confirmés au moins par une des méthodes de dépistage utilisées. La technique standardisée de prélèvements de l'ENV est une méthode relativement sensible (43,8%) mais surtout spécifique (100%) pour la détection de troupeaux laitiers à stabulation entravée au Québec.

Pour le second volet, le profil inflammatoire des vaches infectées fut étudié. Bien que la réponse immunitaire cellulaire, dite Th1, est efficace en bas-âge lors de la période d'infection silencieuse, ce type de défense contre les agents pathogènes intracellulaires s'atténue au cours du stade sous-clinique au fur et à mesure que la maladie évolue. MAP déjoue la vigilance immunologique de l'hôte chez certaines vaches, ce qui expliquerait un retard dans le développement d'anticorps contre celui-ci (sérum ELISA est malgré tout négatif). Les profils sont donc variés et ne cadrent pas toujours avec le théorème selon lequel les vaches présentent d'abord une réponse de type Th1 qui, au fur et à mesure que la maladie évolue, serait remplacée par une réponse de type humorale (Th2) se manifestant par un résultat positif à l'ELISA. Notre analyse a permis de caractériser l'état inflammatoire qui sévit chez les vaches atteintes de paratuberculose et d'identifier une incidence génétique associée à des variations dans le gène de l'ostéopontine. Une cytokine à l'étude qui est associée aux maladies chroniques.

Retombées actuelles et prévues

En utilisant la technique standardisée et les sites de l'ENV suggérés pour évaluer le statut d'un troupeau, les médecins vétérinaires et les producteurs pourront bénéficier à court terme d'un outil supplémentaire, économique et non invasif dans la lutte contre cette maladie. Ils pourront mettre en place de mesures pour réduire la transmission de la maladie à l'intérieur du troupeau et pourront également minimiser l'impact de la maladie sur la production laitière (205$US/lactation/vache). La contamination de l'ENV et la résistance du MAP au milieu extérieur font craindre pour la contamination des eaux de surface et souterrains. L'implication possible de MAP dans la maladie de Crohn inquiète. La prévention et le contrôle de cette maladie passe par l'optimisation du diagnostic et l'application stricte de mesures préventives pour en diminuer la prévalence.

L'incompréhension de l'évolution de cette maladie et le manque de sensibilité des tests de dépistage justifient les efforts de recherche dans ce domaine. En effet, une meilleure compréhension de l'inflammation chronique pourrait aider à développer des outils diagnostiques complémentaires. Nos résultats suggèrent une dérégulation de la réponse immunitaire qui sévit déjà au stade sous-clinique. En effet, l'analyse de la capacité de leur sérum à soutenir efficacement la prolifération des lymphocytes du sang révèle que le sérum de vaches infectées entrave la réponse immunitaire. À la lumière de ces résultats, on suggère une investigation plus poussée des facteurs contenus de ce sérum qui interfèrent et pouvant servir de marqueurs diagnostiques. De plus, la présence de variations génétiques associées à la maladie suggère que certaines formes du gène de l'ostéopontine prédisposeraient à l'infection causée par MAP.

Chercheur responsable

Gilles Fecteau, Université de Montréal

Équipe de recherche

  • Nathalie Bissonnette, Centre de recherche et de développement sur le bovin laitier et le porc
  • Sébastien Buczinski, U. de Montréal
  • Geneviève Côté, Secteur gouvernemental - Québec
  • Olivia Labrecque, Secteur gouvernemental - Québec
  • Shawn Mckenna, U. de l'Île-du-Prince-Édouard
  • Jean-Philippe Roy, U. de Montréal

Année du concours

2011

Durée

3 ans

Montant

108 704 $

Partenaires financiers

  • Agriculture et Agroalimentaire Canada
  • Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec
  • Novalait inc.

Appel de propositions

Innovation en production et en transformation laitières – V