Impact de suppléments d'acide folique et de vitamine B12 en période prépartum et début de lactation sur la productivité des troupeaux québécois


La période qui entoure le vêlage est critique pour la vache laitière. En effet, le stress du vêlage et l'augmentation rapide des besoins pour la lactation causent un déficit énergétique qui peut résulter en des problèmes de santé et des difficultés de reproduction. Un supplément de vitamine B12 et d'acide folique permettrait d'améliorer le métabolisme énergétique et contrebalancerait ainsi, du moins partiellement, les effets négatifs du déficit énergétique sur la reproduction, en début de la lactation. Pour vérifier cette hypothèse, des vaches ont reçu des suppléments de vitamine B12 et d'acide folique, par injections intramusculaires de trois semaines avant la date prévue du vêlage, jusqu'à la huitième semaine de lactation, et elles ont été comparées à des vaches non traitées. Ces expériences ont été effectuées en conditions d'élevage, sur 15 entreprises laitières, et en conditions expérimentales.

Le projet réalisé en entreprises a porté sur plus de 800 vaches et a montré que le supplément vitaminique n'affecte pas la production de lait, mais diminue le pourcentage de gras et augmente le pourcentage de protéines. Il semble aussi réduire le pourcentage de vaches pouvant souffrir d'acétonémie sous-clinique. Le supplément vitaminique a aussi diminué de 3,8 jours la première saillie chez les multipares mais n'a eu aucun effet chez les primipares. Le supplément de vitamines a augmenté la concentration en vitamine B12 dans le lait dans les 15 troupeaux, en moyenne de 73 %. Un verre de lait de 250 ml permet de satisfaire 56 % des besoins journaliers en vitamine B12 (2,4 µg) pour les adultes et les enfants de plus de 13 ans. L'analyse économique montre que l'ajout d'un supplément combiné de vitamine B12 et d'acide folique peut être rentable dans le contexte québécois, particulièrement si le quota, plutôt que le troupeau, est gardé constant. Toutefois, les résultats obtenus sont très variables selon les troupeaux et l'analyse devrait se faire sur une base individuelle. Le supplément d'acide folique avec la vitamine B12 a aussi affecté les concentrations plasmatiques de certains métabolites liés à l'utilisation de l'énergie alimentaire et de réserve, indiquant que  le bilan énergétique de la vache en début de lactation a été amélioré. Les vaches traitées présentaient plus de follicules pré-ovulatoires, un follicule dominant plus grand, des volumes de liquide folliculaire plus élevés et plus d'œstradiol en circulation sanguine.

Toutefois, le traitement n'a pas amélioré le taux de gestation à la 1ere insémination, mais le nombre d'animaux impliqués était faible. Enfin, une analyse génomique des cellules récoltées dans les follicules pré-ovulatoires montre que certains gènes impliqués dans le cycle de développement cellulaire sont moins exprimés, tandis que ceux impliqués dans l'ovulation et la formation des stéroïdes sexuels sont exprimés plus fortement chez les animaux traités. Ces résultats appuient l'hypothèse que le supplément vitaminique favorise une différentiation cellulaire plus hâtive et qu'il y aurait un effet bénéfique du supplément de vitamine B12 et acide folique sur le développement folliculaire. Puisque la qualité du développement folliculaire affecte la qualité de l'ovocyte puis de l'embryon par la suite, ces résultats laissent croire que le traitement pourrait résulter en des ovules de meilleure qualité au moment de l'ovulation. Un supplément de vitamine B12 et acide folique augmente donc clairement la concentration de vitamine B12 dans le lait. Toutefois, les effets pressentis sur l'efficacité de reproduction chez la vache, grâce à un métabolisme énergétique plus efficace en début de lactation, restent marginaux et devront être confirmés par d'autres études. Néanmoins, les effets positifs observés sur les follicules ovariens pourraient se répercuter sur l'embryon, ce qui serait particulièrement utile pour le transfert embryonnaire.

Finalement, puisque les vitamines ont été injectées aux vaches, pour prévenir la dégradation ruminale, il faudra développer des moyens de supplémenter directement dans la ration pour que cette approche puisse éventuellement s'appliquer facilement aux élevages.

Chercheur responsable

Jean-Paul Laforest, Université Laval

Équipe de recherche

  • Jean Durocher, Valacta
  • Christiane Girard, Centre de recherche et de développement sur le bovin laitier et le porc
  • Hélène Lapierre, Centre de recherche et de développement sur le bovin laitier et le porc
  • Daniel Lefebvre, Valacta
  • Doris Pellerin, Université Laval
  • François Richard, Université Laval

Année du concours

2010

Durée

3 ans

Montant

107 325 $

Partenaires financiers

  • Agriculture et Agroalimentaire Canada
  • Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec
  • Novalait inc.

Appel de propositions

Innovation en production et en transformation laitières – V