Une ruée vers la mer ?



En raison de la hausse globale de la température, beaucoup espèrent étendre les zones de pêcheries au nord de l'Arctique. Une utopie, d'après le biologiste et océanographe Jean-Éric Tremblay. Car, s'il est vrai que la mer dégèlera, ce ne sera pas pour autant la manne pour la pêche hauturière nordique. Les prospecteurs marins devront se tourner vers d'autres eaux, car l'Arctique n'est pas un futur eldorado.

Les prospecteurs marins devront se tourner vers d'autres eaux, car l'Arctique n'est pas un futur eldorado.

L'effet domino que l'on peut attendre du réchauffement climatique sur les pêcheries dans l'Arctique – fonte du couvert de glace, augmentation du phytoplancton stimulé par une lumière accrue et boom de poissons qui dépendent de cette source d'aliments – n'est pas si évident, prévient le chercheur de l'Université Laval et du groupe de recherche Québec-Océan. En effet, en scrutant l'Arctique canadien par la télédétection et à bord du bateau Amundsen, il a constaté qu'au-delà de la lumière, le phytoplancton nordique a d'abord besoin de nourriture – azote, phosphore, etc. – pour se développer.

« Les océans ont toutefois un gros défaut : le plus grand réservoir d'éléments nutritifs se trouve dans le fond marin, car les particules ont tendance à couler et à libérer leurs nutriments en profondeur, privant ainsi les végétaux de surface de leur engrais vital, explique-t-il. Seuls de forts vents peuvent brasser verticalement la colonne d'eau et faire migrer la nourriture vers le phytoplancton. » Dans le milieu arctique, ce brassage est restreint par une pellicule d'eau douce qui flotte sur l'eau saline. À la manière d'une couche d'huile qui ne se mélange pas, cette eau douce provenant des fleuves et de la fonte des glaciers entrave la remontée des nutriments.

Jean-Éric Tremblay prévoit que le réchauffement climatique intensifiera ce phénomène. La liquéfaction des glaciers alimentera davantage la barrière d'eau douce, limitant ainsi les bienfaits d'une plus forte luminosité. Il nous reste à espérer une augmentation des tempêtes de vent qui, combinées à une diminution importante du couvert de glace, briseront la membrane d'eau douce pour ouvrir le garde-manger marin au phytoplancton.