Quel avenir pour les tourbières?



Les tourbières sont d'excellents réservoirs de carbone. À l'échelle du globe, ces zones humides riches en matière organique stockent environ le tiers du carbone contenu dans le sol.

Connaître la quantité de carbone séquestré par les tourbières aidera à prendre de meilleures décisions quant à la gestion de ces écosystèmes.  

Or, les changements climatiques font en sorte que les scientifiques ne savent pas précisément comment réagiront ces écosystèmes. Cesseront-ils de séquestrer du carbone ? Pire : vont-ils libérer le carbone emmagasiné depuis des milliers d'années ? Selon Julie Talbot, professeure au Département de géographie de l'Université de Montréal, la reconstitution de l'évolution des tourbières peut nous en apprendre beaucoup sur leurs développements futurs.

Les tourbières ne sont pas des écosystèmes uniformes. Elles suivent généralement la topographie du terrain, s'accumulent verticalement et prennent de l'expansion. C'est pourquoi la chercheuse s'est penchée sur les variations spatiales de ces écosystèmes. Avec son équipe de recherche, elle a reconstitué l'évolution de tourbières québécoises, dont la Grande plée Bleue à Lévis et une trentaine d'autres situées dans les Laurentides. À l'aide de la datation au carbone 14, on a pu déterminer exactement à quel moment chaque section de la tourbière s'est développée.

À partir de ces données, Julie Talbot planche sur un modèle de simulation par ordinateur qui permettra de prédire l'évolution des tourbières. Les scientifiques seront alors mieux outillés pour évaluer la quantité de carbone que les tourbières séquestreront dans les prochaines années et la part qui pourrait être réémise dans l'atmosphère.

Ces données présentent aussi un intérêt pour les municipalités qui cherchent à déterminer quels types de milieux humides se trouvent sur leur territoire et quels services ils leur rendent. Connaître la quantité de carbone séquestré par les tourbières aidera à prendre de meilleures décisions quant à la gestion de ces écosystèmes. Éventuellement, le modèle de simulation pourrait être couplé à un autre qui tient compte des boucles de rétroaction climatique, permettant ainsi de savoir comment les tourbières réagiront à une augmentation de température ou à une baisse des précipitations.